Tapisser Partout


Photos Benoit Fougeirol

Pour sa deuxième exposition Arondit accueille un projet collectif de L’Insolante, entité et lieu associatif à la croisée de l’atelier d’artiste, de l’espace d’impression et d’édition. Cette intervention spécifique et sur-mesure propose le recouvrement des murs de notre espace par une multitude de motifs imprimés sur papiers peints ainsi que la présentation d’œuvres individuelles en dialogue avec ceux-ci. Du papier Japonais au papier peint vinyle, les différents supports utilisés ont des rendus d’impression changeants, permettant des jeux de textures, de superpositions, de transparences, et de déchirements. Cette alternance de lés réagissant les uns avec les autres, permet avant tout de fédérer une approche collective et de créer du sens entre des protocoles créatifs disparates. En effet même si l’impression et la sérigraphie sont des techniques communes et partagées par L’Insolante, chacun l’appréhende à sa manière et en donne une interprétation personnelle. Les vocabulaires formels sont ainsi bien différents et affirmés, sans désir d’uniformité visuelle. Pour autant une même volonté de questionner notre rapport au multiple et à la notion d’original est posée et partagée.

C’est ainsi que la confrontation entre des techniques industrielles (papier peint) et manuelles (impression d’art) fait sens dans ce projet. Les variations géométriques de Benjamin Grafmeyer (né en 1985, diplômé de l’EESAB de Rennes) sont des superpositions systématiques d’un même motif mais ne sont pourtant, par l’utilisation des teintes et des jeux de raccord, jamais identiques.

Au fur et à mesure de la déambulation dans l’espace, ce sont des défauts d’impressions volontaires qui apparaissent dans les scénettes de Clément Balcon (né en 1986, diplômé de l’ENSBA de Paris) tirées de narrations “suggestives” de films pornographiques. Des suites de phrases s’accumulent et non plus de sens, jusqu’à la création d’histoires absurdes.

Cette non-lisibilité de l’écrit se retrouve confronté avec le travail souvent ironique voir sarcastique de David Rybak (né en 1985, diplômé de l’ENSBA de Paris) dont les associations de mots viennent perturber l’ordre établi des choses et nous parlent d’un certain désenchantement générationnel, d’une désillusion (Same Old Shit dirait alors l’artiste…).

Poursuivant l’idée de récit, c’est l’apocalypse, au sens biblique du terme, qui est revisité par Claire Pedot (née en 1982, diplômée de l’ENSBA de Paris). Inspirés de l’esthétique des tapisseries médiévales et de ses symboliques fortes, ses personnages et effigies sont épurés et intrigants, entre classicisme et variations très personnelles.Enfin les impressions numériques proposées par Baptiste Caccia (né en 1988, diplômé de l’ENSBA de Paris) sont des agrandissements d’une photographie de champ de tournesol. Utilisant la saturation offerte par le noir et blanc, ses plantes ne sont plus vraiment identifiables en tant que telles, prenant un aspect marbré.

Romain Semeteys
directeur artistique d’Arondit, fondateur de la revue Le Chassis